« Le Défi est la première étape vers le prochain Vendée Globe … »

Antoine Mermod, président de la classe IMOCA
15 bateaux sont inscrits sur ce Défi Azimut Lorient Agglomération, ils étaient même 17 aujourd’hui pour les Runs. C’est une satisfaction j’imagine après une première partie de saison moins disputée ?
« On a fait des Défis avec moins de bateaux et aussi avec plus. Ce n’est pas la quantité qui est importante mais la physionomie du plateau. Là, on trouve tous les protagonistes du top 10 de la Route du Rhum qui est le point haut de cette saison. Ça va être très intéressant d’autant qu’on vit un passage de génération. Finalement, à part la Vendée Arctique ce printemps, la dernière course en solitaire du calendrier, c’était le tour du monde de 2024. Ce Défi Azimut 2026, c’est la première étape vers le prochain Vendée Globe.
D’autres très bons skippers vont arriver l’an prochain bien entendu mais le gros des troupes est là. Et on trouve aussi sur ce défi des marins qui débutent (Pierre-Louis Attwell, Masa Suzuki,…) qui vont faire leur première course et ce sera intéressant de voir comment ils se situent, la manière avec laquelle ils vont appréhender leur bateau au large en solitaire ».
Le Défi AZimut est bien rodé et tu as l’habitude avec Jean-Marie Corteville, de dire que chaque année, vous essayez d’améliorer un élément. Quel était le plan pour cette 16ème édition ?
« Deux choses. Le lieu : nous avons la chance d’avoir à notre disposition cette Maison des skippers depuis le début de l’année. C’est un très bel outil. Dans le cadre du Défi, on va pouvoir l’exploiter et constater que ça fonctionne de façon plus fluide, en prise directe avec le bassin où sont amarrés les IMOCA. Le deuxième élément, ce sont les live que l’on expérimente depuis trois ans. Celui des Runs a été relayé aujourd’hui par France tv.fr. Ce partenariat avec un grand diffuseur montre que le Défi Azimut arrive à une forme de maturité avec de bons outils numériques pour suivre les courses en direct »
Juste avant le Défi, la Transat Ocean Race qui est arrivée à Lorient la semaine dernière ? Les nouveaux IMOCA engagés t’ont-ils impressionné ?
« Déjà, on peut tirer un coup de chapeau aux deux équipes qui étaient à New-York parce que construire un nouveau bateau, c’est un travail titanesque. Ces deux-là, Team Malizia et DMG Mori Global One, ont été poussés à des charges très hautes et n’ont pas ou très peu cassé, donc bravo aux teams. En termes de performances pures, ils ont été bons sur certaines phases, mais l’écart maximum n’a jamais été supérieur à une vingtaine de milles. Et sur l’ensemble de la course, des concurrents comme 11th Hour ou United by The Ocean qui sont de très bons bateaux parfaitement menés (respectivement deuxième de la Transat Café l’Or et vainqueur du Tour de l’Europe en 2025 NDR), rivalisent et sont encore devant sur le podium. Dans toutes les transitions, ils étaient très à l’aise et c’est normal. Je ne connais pas la courbe de progression des nouveaux bateaux mais pour l’instant, le match reste hyper ouvert, comme il a été d’ailleurs sur les dernières courses entre les différents plans »
Les deux saisons post Vendée-Globe sont toujours des années de recomposition. Comment juges tu celle-ci par rapport à 2017 ou 2021 ?
« Dans mon souvenir, 2016, était assez mou. 2020 en revanche, c’était très particulier avec la sortie du COVID et l’euphorie qui s’en est suivie. Une euphorie qu’e l’on n’a pas retrouvé en 2025. Il n’ y a clairement pas la même insouciance et notre dépendance au sponsoring privé oblige à s’interroger. En 2022, on comptait 39 bateaux actifs contre 27 aujourd’hui, donc -30%. C’est le bon moment pour se poser des questions. Les règles sont figées d’ici le Vendée Globe 2028, mais pour celui d’après, c’est maintenant que ça se joue. Un écosystème qui a été capable de générer 200 millions d’euros pour un Vendée Globe, il faut avoir un oeil dessus …»
Plusieurs articles de presse ont évoqués comme piste un moratoire sur la construction des bateaux ce qui a fait bondir les acteurs de la Sailing Valley. Est ce que l’IMOCA est redevable à l’industrie nautique ?
« Nous sommes au coeur d’un écosystème. Un écosytème qui arrive à convaincre des sponsors d’investir grâce à des courses dont ils attendent des retours. Pour participer à ces courses, les teams mobilisent des budgets importants qui sont investis : dans de la communication, de la recherche, de la technologie, du sport, … Personne ne roule en Ferrari dans notre milieu.
L’IMOCA est au carrefour de tout ça. Alors, nous ne sommes pas redevables mais nous avons l’obligation d’y réfléchir. Est ce que notre modèle est bon ? Est ce qu’on investit assez dans la communication ? Est ce que les événements sont au niveau ? La photo aujourd’hui, c’est -30%. Il y a le contexte bien sûr, mais il faut être capable de réfléchir et d’avoir une analyse fine. Cette analyse, nous allons la mener. Elle dira peut-être que tout est bien. Mais si ce n’est pas le cas, il faudra se remettre en question. Ce qui est sûr, c’est que c’est un problème complexe et ce n’est pas à coup d’articles de presse qu’on trouvera les solutions… »