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Guillaume Verdier participait aujourd’hui aux conférences sur l’innovation organisées par le Défi Azimut Lorient Agglomération. En compagnie de Loïc Goepfert, l’un des membres de sa « bande » comme il l’aime l’appeler, il a fait le point sur son travail en IMOCA.

Comment le bustle des AC 75 (Coupe de l’America) s’est invité en IMOCA sur des bateaux comme DMG Mori Global One (Kojiro Shirashi) ou Groupe Dubreuil Air Caraïbes (Sébastien Simon)?

Guillaume Verdier : « Ça provient de la confiance que nous ont accordée nos clients. Kojiro, cela lui a vraiment plu qu’on aille dans une direction différente dans l’idée de faire un bateau qui soit plus agréable et à la fois plus rapide au portant. Et il nous a assuré que si cela ne marchait pas tout de suite, ils nous aiderait pour y arriver ! Avant ça, on leur fait essayer sur simulateur pour qu’ils imaginent bien ce que ça peut produire en réel. Sebastien Simon a été convaincu. Et c’est sans compter avec Charlie Dalin qui a travaillé avec nous pendant six mois. Il nous a beaucoup aidés.  Il était convaincu qu’on y arriverait. Il avait confiance. »

Loïc Goepfert : « Charlie était hyper enthousiaste. Il a essayé le simulateur, il a regardé les chiffres. La dernière fois qu’on a passé du temps avec lui, on a dessiné des foils ensemble. Il nous a transmis beaucoup de choses pendant ces quelques mois. On avait bien connu Charlie skipper, mais pendant ces  six mois, on a travaillé avec Charlie Dalin architecte naval… Sam Goodchild était déjà en place comme navigant et donc Charlie était là pour dessiner avec nous. Il nous a beaucoup donné en partageant avec nous son expérience de dingue ! » 

Guillaume Verdier : « Au final, on verra ce que ça donnera en termes de performances sur le Vendée Globe; mais on a la garantie que ce sera moins dur physiquement. En simulation, ça tape beaucoup moins et quand j’ai eu l’occasion d’essayer j’ai bien senti que c’était plus tranquille. » 

Vos outils numériques ont beaucoup évolué ces dernières années pour arriver à ces résultats ?

Guillaume Verdier : « Pour les IMOCA, le plus souvent on utilise Gombock, développe par Team New Zealand avec qui j’ai beaucoup travaillé et que beaucoup d’architectes utilisent parce qu’ils l’ont commercialisé. Pour les calculs de fluides, on s’appuie aujourd’hui sur des solutions numériques plutôt que de faire des essais en bassin de carène qui coûtent cher. En numérique, on utilise un logiciel qui ne sert pas qu’à la course au large - Fine Marine… Mais ce qui compte, c’est réfléchir correctement. Beaucoup de calculs de base sont encore faits à la main, idem pour la logique. Ce n’est pas l’IA qui dessinent nos bateaux ! On en est au tout début de ces histoires et personnellement, je ne suis pas un geek  » 

Au delà des formes de carène, où se situe le potentiel d’évolution ?

Guillaume Verdier :« J’adorerais que les mâts  soient libres de design, et non pas monotypes. Sur les plans de voilure, on est encore à l’âge de pierre. Il y a énormément de potentiel et plein d’évolutions à imaginer, comme des bômes de foc par exemple, ne serait ce que ce soit plus facile à manœuvrer en solitaire. »

Loïc Goepfert : « Au niveau des safrans, il y a aussi beaucoup de potentiel. Chez Charal, il ont fait un pas en avant dans ce domaine, mais on pense que les safrans sont trop longs. J’espère qu’on arrivera aux petits safrans en T. Peut-être qu’ils autoriseront d’en équiper les anciens bateaux, cela pourrait aider à niveler les potentiels de performance. » 

Guillaume Verdier : « C’est vraiment bien que Charal ait décidé de couper la coque du bateau et d’en modifier la carène. Je suis pour la diversité… Je suis toujours un peu inquiet quand je regarde les bateaux de mes concurrents, certains sont très beaux. J’ai décidé de ne plus miser sur la gîte. Eux, ils font encore des bateaux dans ce sens Ces différentes carènes ont toutes leurs allures de prédilection. Macif Santé Prévoyance, qui vise la polyvalence, fonctionne très bien encore. Il y a de la place pour beaucoup de solutions. Et c’est très intéressant de voir qu’Antoine Koch privilégie lui des formes plus étroites. Et comme ses bateaux sont menés par des bons skippers, cela laisse la porte ouverte à beaucoup de potentiel. C’est quand même le talent de marins qui lisse encore beaucoup les performances. »

Selon vous, quelles sont les voies pour faire cohabiter performance sur l’eau et performance environnementale ?

Guillaume Verdier : « Pourquoi ne pas imaginer transformer des IMOCA en bateau de croisière, de sorte à ce qu’ils ne soient pas foutus ?! C’est en tout cas une piste, comme le souligne Christophe Baley, chercheur à l’Université Bretagne Sud, de s’intéresser dès la conception à la destruction ou aux nouveaux usages de ces bateaux. »

Loïc Goepfert : « On devrait commencer par arrêter de se focaliser sur la construction. Le rapport d’ 11th Hour Racing très documenté sur l’analyse de cycle de vie des IMOCA est hyper clair. C’est marqué noir sur blanc, la construction ne représente que 10% des impacts. Les autres 90% sont dûs au transport, au fait de faire le tour de la terre pour l’Ocean Race, aux déplacement de partenaires, etc. Concernant la construction, des choses sont déjà très concrètement entreprises avec notamment l’instauration de l’Éco-Score (outil utilisé pour réglementer et réduire les émissions liées à la construction des nouveaux bateaux). Il y a  beaucoup de marges de manœuvre autour de l’idée de courses circulaires comme le Vendée Globe. »