« Un parcours qui respecte la promesse des 48 heures »

Grande répétition générale pour les skippers avant la Route du Rhum, le Défi Azimut offre aussi une belle opportunité pour la direction de course d'engranger des connaissances sur la flotte IMOCA en perpétuelle évolution.
À quelques heures du départ, comment avez-vous dessiné le parcours des 48 Heures Azimut ?
FLG : « Comme tous les ans, et pour respecter le programme, le projet sportif et la promesse des 48 Heures, on s'est efforcé de dessiner un parcours avec des premières arrivées dans la matinée de samedi. Il y a beaucoup d'éléments qui entrent en ligne de compte dans la définition d'un parcours, au-delà des contraintes météo. Sur une course comme le Défi, il s'agit aussi de faire en sorte que la course soit sportivement intéressante pour l'ensemble de la flotte, et qu'elle s'intègre dans le programme global de l'épreuve, notamment dans sa dimension B to B, avec la journée de conférences à terre vendredi. »
Il semble aussi qu'il vous a fallu composer avec des différentiels de vitesse de plus en plus importants entre les foilers et les bateaux à dérives…
YC : « Les premiers sont attendus un peu moins de 48 heures après le départ. On a cherché une moyenne pour l'ensemble de la flotte, sachant que la course sera effectivement plus longue pour quelques concurrents. »
FLG : « Le fait que les bateaux à dérives risquent d'être hors temps, c'est un débat qui concerne la classe. Pour l'instant, il n'y a pas de catégories sur ce circuit, on a donc imaginé un seul parcours. Mais avec le waypoint Azimut positionné à 110 milles dans l'ouest de Penmarc'h, on garde un peu de marge de manœuvre pour faire évoluer le parcours. On peut bouger le positionnement de cette marque virtuelle avant que le premier double BXA (bouée d'atterrissage à l'embouchure de la Gironde). À nous d'être suffisamment réactifs après le départ pour regarder les derniers fichiers et évaluer, en fonction de la progression de la flotte, si on doit ajuster la position de cette marque, ou en rajouter une supplémentaire entre Penmarc'h et Lorient. »
En termes sportifs, quels sont les premiers enjeux de ces 48 Heures ?
FLG : « La course sera marquée par le passage d'un front après le départ, qui sera donné dans une quinzaine de nœuds. Clairement, il faut prendre un bon départ — c'est un premier écueil, sachant que certains reprennent tout juste leurs marques en solitaire, ou découvrent leur bateau. Débuter la course avec un passage de front au portant, c'est plus complexe : si tu rates ton départ et accuses un peu de retard, tu subiras plus tôt le front, quand les autres continueront de galoper devant… Pour les foilers, ce sera une vraie course de vitesse, où ceux qui trouveront la meilleure stabilité de vol prendront l'avantage. Pour les concurrents qui se feront rattraper et finiront au portant VMG, le match dans le match se jouera dans le timing des empannages qu'il leur faudra déclencher. Ce sera de la régate pure, et tactiquement très intéressant. »
De retour à l'orchestration générale de l'épreuve côté mer, Francis Le Goff fait équipe avec Yann Chateau, féru de météo et d'informatique, qui officiera comme son premier adjoint sur la grande transat en solitaire. Interview croisée sur les coulisses du rendez-vous lorientais avec ces deux piliers essentiels des plus grandes épreuves océaniques…
Et ensuite, dans la remontée ?
YC : « Ce bord s'annonce aussi passionnant, avec la remontée d'une dorsale anticyclonique. La dépression qui passe au nord, après avoir traversé tout l'Atlantique et généré le front attendu juste après le départ, doit aussi lever un train de houle, avec 3 à 3,5 mètres de mer. Donc quand la flotte va repartir au près, les skippers auront deux stratégies possibles pour gagner au nord : jouer la courbure de la dorsale, ou jouer la pression. Là encore, des écarts vont se créer… »
Lors des runs d'hier, on a encore vu que les IMOCA les plus aboutis sont toujours plus performants. Comment adaptez-vous vos polaires pour suivre ces évolutions ?
YC : « On a la chance de travailler sur pas mal de courses, comme la Transat Café L'Or. On réactualise toujours nos polaires au fur et à mesure de ces grandes séquences océaniques. Et quand nos polaires ne coïncident vraiment pas, on échange à l'arrivée avec les skippers pour comprendre ce qui a changé : les pilotes, les voiles, etc. J'analyse aussi beaucoup les « pos.report » (relevés de positions) de chaque grande course. C'est un travail de veille au long cours. Et hier, l'observation des runs sur l'eau, où tout le travail est assuré par le comité de course, s'est révélée très intéressante pour mieux connaître et comprendre le comportement des bateaux. »
FLG : « De mon côté, je vais aussi glaner des infos. On a la chance d'avoir établi une relation de confiance avec beaucoup de skippers, et on peut heureusement s'appuyer sur les polaires de très bons bateaux qu'on nous confie. Ce qu'on a dans les ordinateurs de la DC ne sort pas de la DC ! »
Et comment fonctionne votre binôme ?
FLG : « Nous sommes évidemment très complémentaires. Je ne maîtrise pas la moitié de ce que Yann fait derrière l'ordinateur, et je ne cherche pas à en savoir plus. Sur la Route du Rhum, nous serons sept personnes à la direction de course. Mon rôle est aussi de veiller à l'humain, à la bonne cohésion de l'équipe qui interfère avec tous les acteurs d'un tel événement, tant sur le plan de la sécurité, de la logistique mer, de la communication, ou des médias. Avec parfois beaucoup de pression à gérer, il est primordial de bien nous connaître. Dans ce domaine, la dimension transmission est aussi primordiale, dans la mesure où la direction de course est un métier très particulier, qui s'apprend à travers un long apprentissage dans la durée. On devient directeur de course progressivement, par cooptation et parrainage, et c'est un élément que j'ai toujours intégré et qui fait, quelque part, ma patte. Moi-même, quand on m'a proposé d'être directeur de course de la Route du Rhum, il y a quelques années, j'ai préféré prendre le temps d'appréhender toutes les dimensions de cette mission dans la position d'adjoint. J’ai beaucoup appris aux côtés de Sylvie Viant, Jean Maurel, ou Gilles Chiorri. J’applique cette démarche avec Yann, qui est aussi un ami de très longue date, et avec tous celles et ceux qui m'entourent. »
YC : « C'est vrai qu'aujourd'hui, je ressens quand Francis est stressé, ou que quelque chose le tarabiscote. Je peux me mettre dans sa tête. Sur une Route du Rhum, il est sollicité en permanence, et mon rôle est de le décharger au maximum, en prenant parfois des décisions à sa place. Dans plus de 95 % des cas, je suis dans le juste. Mais si jamais je me suis trompé, Francis assumera solidairement la décision prise par la direction de course. »
Et que retenez-vous de ce Défi Azimut ?
FLG : « Cette dernière épreuve avant la Route du Rhum est forcément riche d'enseignements en termes de connaissance de la flotte IMOCA, puisque les 15 bateaux engagés dans les 48 Heures sont tous attendus au départ dans quelques semaines à Saint-Malo. Pour nous aussi, c'est aussi un vrai warm-up, qui nous permet d'emmagasiner beaucoup de choses, et de nous affûter pour mieux garantir la sécurité et le suivi sportif de cette flotte de premier plan.»