Jean Marie LIOT   Defi Azimut 260917AZM 2JML6508md

14 bateaux se sont élancés dans 18-20 nœuds de vent sur le parcours de 560 milles des 48 Heures Azimut, promis à des rebondissements dans des conditions variées.

Changement de décor dans les Coureaux de Groix. Le soleil et la mer plate d'hier ont laissé la place, ce jeudi, à un ciel couvert et à un plan d’eau agité par un bon clapot. La faute à l'arrivée imminente d'un petit front qui débarque de la pointe de Bretagne et donne le tempo de ce début de course rythmé.

L’importance de bien partir

Après un départ donné à 15h30 précises au près pour rejoindre Pen Men, au nord de l'île de Groix, la flotte ne tarde pas à choquer les écoutes et à ouvrir les voiles. La course de vitesse est lancée pour les foilers, partis sous grand-voile et J2. Dès les premières longueurs, les plus aguerris - les plus prompts à décoller hier dans les runs - répondent présents. Mais gare aux accélérations et à une meute de poursuivants aux aguets. L'ensemble de la flotte fait route vers la première marque BXA, cette célèbre bouée d'attente balisant l'entrée de l'estuaire de la Gironde, où les premiers sont attendus avant minuit.

Pointer aux avant-postes et se faire rattraper le plus tard possible par le système dépressionnaire, tel est le premier objectif des solitaires sur les 150 milles qui séparent Groix de BXA. « Prendre un bon départ, et ne surtout pas traîner, c'est un enjeu primordial car le jeu va se complique ensuite », confirme le directeur de course Francis Le Goff, faisant référence à la deuxième partie de course nettement moins ventée. À ses yeux, ce premier bord en quête de vitesse n'a rien d'une partie facile pour des skippers qui reprennent leurs marques en solitaire et découvrent leur bateau.

C'est le cas notamment de Sébastien Simon (Groupe Dubreuil-Air Caraïbes), qui étrenne au large sur ce Défi Azimut son plan Verdier avant-gardiste, aux lignes de carène directement inspirées de la Coupe de l'America. Idem pour Corentin Horeau (MACSF), qui a récupéré la barre du puissant bateau de Yoann Richomme. Bizuth de ce Défi Azimut, il dispute sa toute première saison sur le circuit IMOCA. Quant à Violette Dorange (Initiatives Cœur), qui a déjà signé deux podiums en avant-saison, elle confirme qu'elle a déjà bien les manettes de sa fusée rouge en main. Et qu'elle n'a toujours pas froid aux yeux !

Un match dans le match pour les bateaux à dérives

Après une heure et demie de course, les écarts sont infimes, alors que la tête de flotte affiche des vitesses qui dépassent allègrement les 25 nœuds. Belle entrée en matière aussi du quatuor de bateaux à dérives, avec des protagonistes, emmenés par Café Joyeux (Nicolas D’Estais) et Foussier (Sébastien Marsset), qui livrent un match dans le match promis à une belle intensité.

Une dorsale pour finir…

Contrairement aux foilers plus puissants, ces IMOCA à dérives se sont élancés avec un ris dans la grand-voile pour mieux passer la mer formée. Ils risquent d’être les plus ralentis avant BXA par le vent qui va tourner à droite et les obliger à jongler entre les voiles de portant. Avant qu’une dorsale anticyclonique qui remonte du sud les cueille demain pour la deuxième partie de course. Ce nouveau système et ses vents mollissants pourraient franchement ralentir la remontée vers la deuxième marque de parcours, Azimut 1, positionnée à 100 milles dans l'ouest de Penmarc'h. Au regard de ces prévisions météo, et de cette menace bien réelle, un avenant aux instructions de course précise que la ligne d'arrivée de ces 48 Heures 2026 fermera à 10 heures dimanche matin, au lieu de 22 heures samedi. Avec une course ouverte une nuit de plus pour départager ces concurrents engagés, l'acte 2 du Défi Azimut-Lorient Agglomération n'a pas fini de maintenir le suspense…

 

 

Ils ont dit

Jérémie Beyou (Charal)
« Hier sur les runs, c'était une belle journée avec la satisfaction de retrouver un bateau et tout un package hydro, safrans et foils, qui fonctionne très tôt. Avec le changement de carène, l'implantation des foils a été conservée, mais on a modifié leur profil et ça a l'air de bien fonctionner. Quand ça forcit, Macif est très puissant et n'a pas grand-chose qui traîne dans l'eau, donc il reste un peu le bateau à battre dans ces conditions. Pour les 48 heures, il nous manque un peu de près dans la brise, dans l'idée de se préparer pour la Route du Rhum. Mais on va faire avec ce qu'on a. Le premier bord risque d'être sympa si on arrive à rester en avant du front. Après, la dorsale risque d'être très pénible à franchir, ce sera des conditions assez techniques pour rester rapide. C'est ma première course en solitaire de l'année, et même ma première course en solitaire depuis le Vendée Globe, donc j'ai quelques petits repères à trouver par rapport à ceux qui ont disputé l'avant-saison et qui devraient être plus rodés que moi. Je vais essayer de rester avec eux et prendre mes marques. »

Sébastien Marsset (Foussier)
« Le vent est bon pour partir, puis un front va nous passer dessus dans la nuit, et on verra où on en sera du premier bord lorsqu'on sera ralenti. Après, la remontée vers le waypoint Azimut va être shifty. Il va falloir être sur le pont, bien suivre les orientations du vent, mais notre vraie question, pour nous, bateaux à dérives, c'est le timing de l'arrivée. Ce Défi Azimut, c'est du sport, mais aussi un événement destiné à honorer nos partenaires. Là, les ETA ne nous permettent pas d'honorer nos engagements dimanche. Les meilleurs routages nous mettent à Lorient juste après la fermeture de ligne. Les pires, dimanche après-midi ! Donc peut-être que nous aurons des choix à faire par nous-mêmes si la direction de course ne les fait pas. J'aurais aimé que ce soit un peu plus anticipé. On ne maîtrise pas la météo, c'est vrai, mais on voit bien l'écart de performances qui se creuse entre foilers et dériveurs. Et sur un format très court comme l'Azimut, où les bateaux sont menés à fond, ça rend l'équation difficile. »

Pierre-Louis Attwell (Résilient)
« Je suis très content d'être là. On a passé une très belle journée hier sur les Runs, et c'était sympa d'être avec les autres IMOCA, car pour l'instant, je n'avais disputé que la Drheam Cup dans mon coin. Je suis plutôt serein, car on attaque avec du vent médium, et ça va être intéressant de se confronter aux autres bateaux à dérives. Par contre, on ne finit pas dans les temps et ça nous questionne. Prendre un départ quand tu sais que tu vas être hors temps, ce n'est pas très agréable. Est-ce qu'on va faire un plan B dans notre coin, on verra. La météo peut aussi évoluer, on ne sait jamais, mais pour l'instant aucun fichier ne nous met dans les temps. À terme, si le Défi Azimut n'est destiné qu'aux foilers, il faudra faire autre chose. »

Élodie Bonafous (Association Petit Prince-Groupe Quéguiner)
« Ça enchaîne bien, ce Défi Azimut, c'est un bon rythme. Pour moi, c'est la première véritable navigation depuis le chantier d'été, donc l'objectif, c'est de finir de valider tout le bateau. Le parcours et le plateau reproduisent tous les éléments de la Route du Rhum qui nous attend. Ça va être complet, avec un peu de vent puis très peu, et pas mal de stratégie, donc intéressant. Je n'ai jamais fait de solo avec un OBR à bord. J'aurai donc la compagnie de Romain Marie, ça va être sympa, on s'entend bien. Il me met la pression pour faire voler le bateau sur le premier bord ! Y aura forcément des écarts à la bouée BXA, mais pas autant que sur les Runs d'hier, qui étaient un exercice très particulier ! C'est aussi l'intensité qu'on va tous mettre dans ce premier bord. À partir du moment où la nuit va tomber, s'il y a des changements de voiles, c'est plutôt là que ça va se jouer, et j'espère que je ne serai pas trop larguée à BXA. »

Corentin Horeau (MACSF)
« Je pense qu'il va falloir être le plus rapide possible pour ne pas se faire bouffer par le front, car le vent va tourner derrière avec la molle. Normalement, j'ai un bateau fait pour être rapide, donc c'est à moi de prendre un bon départ et de pousser les curseurs à fond. Il y aura pas mal d'écarts en bas, mais les premiers butteront dans la molle sur le second bord. Et l'élastique va se retendre sur la fin, donc ça va ressembler à une étape de Figaro ! »